Avec 12 nominations aux Oscars en 1997, Le Patient Anglais raflera à lui seul 9 récompenses ! Mais très vite, une polémique enfle dans le milieu cinématographique et journalistique. Est-ce que Le Patient Anglais n’est il pas un film à Oscars… Par défaut ? C’est-à-dire que faute de mieux, on donne les récompenses, non pas au meilleur film, mais au moins pire ! De là à dire que ce film est mauvais, il ne faut pas exagérer…. Mais à la vue du résultat final quasiment 30 ans plus tard, on peut probablement modérer son enthousiasme.
Dans la lignée des grandes fresques romanesques de la seconde moitié du 20ème Siècle, Le Patient Anglais se veut être un film d’amour tragique tout autant qu’une aventure exotique durant la Seconde Guerre Mondiale. Déjà dans la forme, la mise en image s’apparenterait aujourd’hui un luxueux téléfilm de plateforme de streaming. Les scènes de dialogues sont quasiment toutes filmés en champ contre champ très classique, sans composition de cadres « larges », certains décors sont certes réussis mais ne sont pas d’un grandiose marquant, les rares effets spéciaux sont tout de même très jolis (mention à une scène de crash d’avion encore très impressionnante aujourd’hui), et la photographie très naturaliste et plate n’aide pas vraiment à insuffler un souffle à l’ensemble. Heureusement les acteurs donnent leurs maximum et Ralph Fiennes explose l’écran de son charisme froid, presque psychopathe, pour finir en amoureux tragique à la fin du métrage. Sur ce point, c’est une belle réussite.
Reste le scénario qui traîne parfois en longueur. Certaines scènes sont cependant très réussies comme la découverte des fresques dans une église, à la lumière des torches. Ou encore cette scène aussi absurde qu’ingénieuse d’un déminage d’obus sous un pont qui se met dangereusement à vibrer, lors de passages de tanks… célébrant la victoire de la Guerre de 39-45 ! Le film est parsemé de fulgurances scénaristiques et certaines situations rocambolesques à la limite de la parodie, se retrouvent paradoxalement incroyablement tragiques par l’absurdité même de la guerre. Si la mise en scène reste encore une fois très académique, celle-ci parvient donc quelques belles envolées formelles, surtout lors de la dernière demi-heure du film, avec une émotion rare et efficace. La tragédie qui se met en place petit à petit devient alors implacable, les évènements injustes se succèdent et les coups de théâtres enfoncent le clou des cercueils des amants tragiques !
Film clairement imparfait, parfois trop sage, parfois malin, Le Patient Anglais est clairement l’expression d’un sentiment d’inachevé, de laborieux dans son déroulement. mais il parvient enfin à toucher le cœur du spectateur dans certaines scènes, et surtout dans son final émotionnel. Un final qui résume le tourment dans lequel certains sont entraînés malgré eux, forcés à faire des choix dramatiques, de vivre avec les regrets qui en découlent, de supporter dans leurs chairs brûlées au sens littéral du terme, le poids de choix malheureux, mais surtout et avant tout humains…


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