vendredi 7 août 2026

LE [TRES] PATIENT ANGLAIS



Avec 12 nominations aux Oscars en 1997, Le Patient Anglais raflera à lui seul 9 récompenses ! Mais très vite, une polémique enfle dans le milieu cinématographique et journalistique. Est-ce que Le Patient Anglais n’est il pas un film à Oscars… Par défaut ? C’est-à-dire que faute de mieux, on donne les récompenses, non pas au meilleur film, mais au moins pire ! De là à dire que ce film est mauvais, il ne faut pas exagérer…. Mais à la vue du résultat final quasiment 30 ans plus tard, on peut probablement modérer son enthousiasme.

Dans la lignée des grandes fresques romanesques de la seconde moitié du 20ème Siècle, Le Patient Anglais se veut être un film d’amour tragique tout autant qu’une aventure exotique durant la Seconde Guerre Mondiale. Déjà dans la forme, la mise en image s’apparenterait aujourd’hui un luxueux téléfilm de plateforme de streaming. Les scènes de dialogues sont quasiment toutes filmés en champ contre champ très classique, sans composition de cadres « larges », certains décors sont certes réussis mais ne sont pas d’un grandiose marquant, les rares effets spéciaux sont tout de même très jolis (mention à une scène de crash d’avion encore très impressionnante aujourd’hui), et la photographie très naturaliste et plate n’aide pas vraiment à insuffler un souffle à l’ensemble. Heureusement les acteurs donnent leurs maximum et Ralph Fiennes explose l’écran de son charisme froid, presque psychopathe, pour finir en amoureux tragique à la fin du métrage. Sur ce point, c’est une belle réussite.

Reste le scénario qui traîne parfois en longueur. Certaines scènes sont cependant très réussies comme la découverte des fresques dans une église, à la lumière des torches. Ou encore cette scène aussi absurde qu’ingénieuse d’un déminage d’obus sous un pont qui se met dangereusement à vibrer, lors de passages de tanks… célébrant la victoire de la Guerre de 39-45 ! Le film est parsemé de fulgurances scénaristiques et certaines situations rocambolesques à la limite de la parodie, se retrouvent paradoxalement incroyablement tragiques par l’absurdité même de la guerre. Si la mise en scène reste encore une fois très académique, celle-ci parvient donc quelques belles envolées formelles, surtout lors de la dernière demi-heure du film, avec une émotion rare et efficace. La tragédie qui se met en place petit à petit devient alors implacable, les évènements injustes se succèdent et les coups de théâtres enfoncent le clou des cercueils des amants tragiques !

Film clairement imparfait, parfois trop sage, parfois malin, Le Patient Anglais est clairement l’expression d’un sentiment d’inachevé, de laborieux dans son déroulement. mais il parvient enfin à toucher le cœur du spectateur dans certaines scènes, et surtout dans son final émotionnel. Un final qui résume le tourment dans lequel certains sont entraînés malgré eux, forcés à faire des choix dramatiques, de vivre avec les regrets qui en découlent, de supporter dans leurs chairs brûlées au sens littéral du terme, le poids de choix malheureux, mais surtout et avant tout humains… 
 

jeudi 6 août 2026

SPIDERMAN – BRAND NEW DAY : AU DETOUR D’UNE CONVERSATION…




Je n’ai jamais vu un seul film de Spiderman en entier (hormis les versions 3D du Spiderverse). Non pas que cela ne m’intéresse pas, c’est juste qu’ayant vu beaucoup d’extraits de tous les films sortis, j’en ai perdu l’envie de tous les voir à l’occasion. Et en parlant d’occasion, on me propose de voir ce véritable phénomène qu’est son ultime itération à plus d’un milliard de dollars de recettes en à peine une semaine de présence en salle !

Pour faire simple : J’ai beaucoup aimé. Les scènes d’action étaient vraiment chouettes et originales, très bien chorégraphiées et lisibles, le tout servi par une galerie de personnages vraiment chouettes et surtout connectés à travers leurs destins.

On le sait, le cinéma américain aime en ce moment jouer les pères moralisateurs, à coup de leçons lourdingues et infantilisantes. Là ou l’on joue sur la culpabilité, le cynisme, la déconstruction destructrice (paradoxalement) des figures mythiques de la culture pop occidentale, et pour au final de rien proposer en échange, ce nouveau Spiderman joue bien mieux la subtilité et surtout la positivité dans ses messages. Tel personnage est traumatisé ? La plupart des films actuels insisteront sur son bon droit d’être une victime à plaindre, là ou ce Spiderman va tenter d’amener des solutions concrètes, pas parfaites, mais proposer des chemins de rédemption qui annihilent les culpabilisations inutiles et soi-disant sans issues. On retrouve enfin des messages positifs et simples comme l’amitié, la rédemption, la lutte contre l’adversité, le courage de demander de l’aide à autrui, l’empathie, assumer ses erreurs, d’essayer de les corriger au mieux, bref, tout un ensemble de sous thèmes positifs abordés de manière simple, subtile, et tout simplement « sincère » (oui, on reste à Hollywood, mais pour une fois que le bulldozer moralisateur reste au garage, on ne va pas s’en plaindre).

En ce sens, Le Punisher et Spiderman est le couple de potes inattendu dans ce film, mais dont les destins brisés résonnent en parallèle. L’un assume sa destruction et s’en sert comme tremplin d’une quête de vengeance pure, sans même un désir de rédemption, et l’autre nie sa détresse d’avoir tout sacrifié pour un bien commun, sans même penser à sa propre préservation. Les deux protagonistes s’opposent de manière très réaliste et surtout humaine sur leurs méthodes de tenir le coup, face à un adversaire qui se révélera au final tout aussi paumés qu’eux ! Et c’est justement de leurs vécus, de leurs confrontations, de leurs aspirations, que va naître peut-être un sentiment de renaissance ou chacun y trouvera son compte, mais surtout tant bien que mal !

Ainsi, si les scènes d’action sont encore une fois très réussies, c’est surtout l’intimité des personnages tourmentés mais avides de rédemption que naît l’émotion que l’on recherche tous au cinéma. Oui c’est cool de tout faire péter, mais parfois, une simple conversation sincère et intimiste, ou les supers héros/vilains retirent leurs capes pour enfin se confier les aux autres, provoquent ce petit frisson, cette empathie, ce petit hochement de tête approbateur du spectateur qui nous fait nous connecter à ces personnages de fiction si réels…


P'TITE GRIBOUILLE

J'ai complètement oublié que j'avais fait ce petit dessin sur un carnet de croquis laissé à disposition sur une des expositions de Japan Expo en juillet 2026. Je crois que c'était l'exposition sur Baki, mais j'ai un doute.

Bon bref, c'est l'illustration du paradoxe du dessinateur qui, pour se reposer.... Bah, continue de dessiner 😁




samedi 1 août 2026

OUT OF AFRICA – 40 ANS PLUS TARD...



Parmi les grands “classiques” du cinéma américain, certains sont passés au travers des mailles de mon filet d’amateur de cinoche. Out Of Africa fait parti de ces films dont j’ai toujours entendu parler sans jamais l’avoir vu au final.
Ces vacances d’été sont l’occasion de rattraper ce retard, mais surtout d’affronter mon appréhension de l’idée d’un film ayant une telle aura.

Héritier d’un cinéma d’aventures et romanesque des années 80, Out of Africa est signé Sidney Pollack, avec deux grandes stars de l’époque : Meryl Streep et Robert Redford. Et j’aoute aussi mon petit chouchou de compositeur, le grand John Barry !

Out of Africa est un « grand” film, aussi bien dans sa réputation que dans son ambition formelle. Rien que la reconstitution de la ville de Nairobi reconstruite de A à Z pour le film est une prouesse visuelle que l’on ne retrouve plus à notre époque baignée de numérique. Attention, je ne dénigre pas la technologie, c’est juste que lorsque l’on regarde des films d’une certaine époque, on sait que ce qui sur l’écran c’est construit en dur ! Aujourd’hui, on hausserait à peine le sourcil devant une reconstitution photo réaliste de gigantesques décors que l’on devinerait virtuelle.
C’est comme regarder les cascades démentielles de Jackie Chan dans les années 80, comprendre que c’est du vrai, du tangible, du dangereux ; et hausser le même sourcil devant la chute virtuelle interminable de John Wick dans son 3ème film (oui je sais, c’est un vrai cascadeur qui a fait le boulot, mais en plusieurs fois et avec des câbles, etc.). Voir ainsi de vrais cascadeurs affronter de vrais lions (venus de Californie en Afrique !), et non pas des marionnettes en 3D, tout de suite, on est dans le viscéral ! Idem pour les milliers de vrais figurants faisant la fête dans les décors de Nairobi au soir de la victoire de la guerre de 14-18 !
Si visuellement le film est un bijou malgré une photo un peu trop naturelle, peut-être pas assez carte postale (et surtout un format 1.85 un peu étriqué), on regrettera aussi la timidité des compositions musicales de John Barry (qui se repompe allègrement en citant sa musique de La Guerre des Abîmes quelques années plus tôt).
Les acteurs sont tous impeccables et malgré quelques longueurs (non pas imputables à la façon de filmer des années 80, les critiques de l’époque reprochant déjà cet état de fait à sa sortie), le film reste très dense sur ses presque 3 heures de pellicule. Les évènements s’enchaînent, les drames se succèdent et malgré une froideur que n’aurait pas renié Christopher Nolan ou encore David Lean, la passion amoureuse de nos deux protagonistes reste intéressante, et pleine d’enseignements sur les mœurs de l’époque ou se passe l’intrigue (entre 1913 et les années 1930) : Le colonialisme, le machisme, le racisme, l’humanisme, l’empathie, etc. tous ces thèmes sont abordées avec beaucoup de subtilité, contrairement à notre époque ou on nous balancerait des leçons de morale toutes les 5mn.

A ce propos, Meryl Streep campe une héroïne très sympathique, aventureuse, solaire, joyeuse, travailleuse, jamais hautaine, courageuse, etc. Bref, une « girl boss » comme on savait encore en écrire à Hollywood il y a encore une quinzaine d’années. Aujourd’hui…. C’est plus…. Compliqué…. Du moins, à Hollywood.

Au final, je n’ai pas été déçu par Out of Africa, il reste un grand film en termes de cinématographie. J’ai essayé de l’aborder sans préjugés, sans me dire que je dois absolument voir en lui un « monument » intemporel, et donc forcément être déçu au final. Je l’ai pris comme un film de son époque, et malgré ses 40 ans, il tient encore la dragée haute à pas mal de productions « friquées » actuelles.

Et pour mon prochain rattrapage, ce sera LE PATIENT ANGLAIS !